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croisière_2018

Posted in : Non classé on by : AnaÏs Jane Tsang Comments:

CECI N'EST PAS UNE ROBE

Le tableau est surréaliste. Campé au début d’un voyage à la destination en suspens, il y fait jour et nuit en même temps. Les silhouettes, plutôt que d’apparaître comme des ombres dans le paysage, sont des fenêtres lumineuses sur un univers inconnu. Les vêtements ne répondent plus à un code ou à un contexte. Les tissus sont détournés de leurs fonctions d’origine. Les volumes défient la gravité. Avec ses trompe-l’œil saisissants, ses juxtapositions incongrues et ses libres associations d’idées contraires, la collection Croisière 2018 de la Maison Marie Saint Pierre s’affranchit de toutes barrières. Elle est une énigme entre ciel et mer, experte dans l’art de susciter le mystère.

La matière est à l’origine de cet élan créatif. Les propriétés des fibres, qu’elles soient techniques ou fragiles, sont le point de départ de l’assemblage. On retrouve ainsi une étoffe crochetée d’un noir métallique à l’effilochement assumé. Il côtoie un jersey laqué argent au lustre miroir. Ce dernier s’invite en touches discrètes, comme un bijou, ou s’impose de pied en cap. Pour une brillance plus tamisée, on opte pour un lurex diaphane aux accents de bronze sur fond de fusain. Des textiles mats confrontent tout ce scintillement. Un crêpe aux fils torsadés donne une texture unique aux pièces minimalistes. Souple et pesant, il se drape magnifiquement, créant un mouvement fluide, presque liquide, lorsqu’il est en mouvement. Un techno jersey « dry fit » s’ajoute à l’addition, conférant une aura athlétique aux tenues les plus sophistiquées.

Est-ce une robe, une tunique, un chandail? Dans cette collection, il y a un décalage entre l’idée que l’on se fait d’une chose et sa représentation. Détente ou célébration? Marie Saint Pierre déconstruit les rapports que l’on entretient avec le bien-être et la formalité pour proposer des pièces hybrides aux usages multiples. Les blousons et les pulls surdimensionnés, embellis de fronces, sont aussi décontractés qu’extravagants. Les manteaux cocons à manches trois-quarts et les trenchs revisités font fi des saisons en enveloppant avec légèreté la personne qui les porte. Les bustiers sont omniprésents. Seuls ou superposés à un t-shirt, ils sculptent la silhouette sans la contraindre, ils l’étreignent sans l’étouffer. Parfois, ils ne sont qu’une illusion sur une petite robe cocktail misant sur un jeu d’opacité et de transparence pour flotter comme par magie.

Les épaules glissent et se dévoilent à coups de lignes asymétriques. La peau apparaît sous une nouvelle perspective, révélée par des découpes taillées à l’emporte-pièce. Celles-ci sont entourées d’un halo de volants aux ondulations amplifiées, comme pour attirer le regard sur les zones habituellement couvertes. Ces froufrous géométriques surgissent en crête sur les manches, soulignent la taille au creux du dos ou font office de collier au raz du cou. On les retrouve également en parure sur les différentes poches qui agissent comme détails phares de la collection. En kangourou invisible ou en appliqué exagéré, elles sont partout, à portée de main, donnant à l’élégance une attitude délicieusement nonchalante. Autres incontournables, les poignets extensibles et les ourlets sportifs. Souvent contrastants, ils sont une note espiègle et ludique.    

La palette de couleurs est d’un romantisme insolite et d’une féminité à la fois agile et musclée. Sensibilité et puissance sont incarnées par un camaïeux de roses allant du plus timide au plus éclatant. Un beige sable et un gris tempête viennent créer des accords chromatiques improbables, voire déroutants. Ici et là, un faux chalk stripe imprimé gris sur noir rappelle la tangente masculine de la marque.

« La valeur réelle de l’art est en fonction de son pouvoir de révélation libératrice, » disait le peintre René Magritte. La collection Croisière 2018 de la Maison Marie Saint Pierre applique cette philosophie au vêtement.